Kroke, l’envoûtement…

Pour une fois, pas de musique baroque ou de musique russe.

Bon, on n’est pas loin, puisque c’est un groupe polonais, Kroke.

Version concert d’abord, et puis en version studio après. Deux ambiances différentes pour le même morceau. Violons, accordéon, c’est tout l’Est qui débarque d’un coup, avec son vieux fond de musique Yiddish, et qui fait tournoyer, mélancoliser, rêver…

 

Changer de rythme

Van Gogh - Angler und Boote an der Pont de Clichy

J’ai dit que je m’abstiendrai d’étaler ici ma vie intime. Cela ne veut pas dire que je vais d’un coup arrêter de parler de ma vie et des choses qui me tiennent à coeur.

Alors voilà, j’ai changé de ville, de travail, de rythme. Quitté le Sud il y a deux mois, pour me jeter dans l’antre parisienne. Quitté un travail qui m’intéressait, mais dont je sentais que je commençais à faire le tour pour ce qui m’y intéressait, et commencé un job passionnant où je peux vraiment accomplir ce qui me plaît, en ayant en plus le sentiment de faire des choses « bien ». Ce n’est pas tous les jours qu’on peut avoir la satisfaction de faire des choses bien dans sa vie de tous les jours… Je n’ai jamais eu honte de mes métiers successifs, et non plus de mes derniers où je gravitais dans le monde du commerce et du marketing, mais enfin cela reste bien matérialiste. Je sens la différence en voyant que le matin, quand j’ai tant de mal à me lever, j’ai quand même le plaisir de me dire que j’ai envie d’aller apporter ma petite pierre à l’édifice, quelles que soient les difficultés ponctuelles. Et je ne peux qu’espérer rester dans cet état d’esprit longtemps…

Changement de vie, du coup. Fini le jardin, les barbecues avec les amis, rester jusqu’à pas d’heure dehors, arpenter les berges de la Garonne, me perdre dans un univers de briques. À retrouver la pierre blanche et les rues surchargées. J’ai pu me trouver un appartement plein de charme, où les amis de passage ont l’impression de retrouver mon antre précédente. Curieusement oui, cela ressemble pas mal. La transition en est plus douce.

Et puis je ne suis pas mécontente, quand même, de changer. J’ai la bougeotte depuis toujours, le changement m’inspire et me pousse à la découverte, alors quatre ans quelque part, c’était déjà énorme pour moi.

Le rythme est différent, j’ai remisé ma voiture et je redécouvre le bus et le métro. Du coup j’ai le temps de lire pendant mes trajets, ce que je ne faisais plus. Grande satisfaction… J’ouvre mon livre, ma bulle se construit, et je m’évade.

Et j’ai commencé à explorer à pieds mon territoire, à me promener sans but précis, autre que celui de m’approprier ce coin. Je ne doute pas d’y trouver, comme là bas, mes coins de prédilection et de pouvoir m’y ressourcer de temps en temps.

Gentleman voyageur

En faisant le tour de mes vieux billets écrits ici, je me suis rendu compte que j’avais parlé il y a déjà bien longtemps d’un auteur, disant que je chroniquerais ici un de ses livres, et puis je ne l’ai pas fait. Depuis j’ai lu deux autres livres de lui et je me décide donc à en parler un peu…

Colin Thubron - bbc.co.uk

Colin Thubron est un écrivain britannique, dans la plus pure tradition des gentlemen anglais cultivés, bien élevés, aventureux et littéraires. Il se promène depuis plusieurs dizaines d’années dans le monde, à l’Est principalement, à la rencontre des Hommes, à la rencontre de l’histoire, à la rencontre de l’aventure.

J’avais lu En Sibérie il y a longtemps, j’ai lu cet été Les Russes, je viens de terminer L’ombre de la route de la Soie.

Les Russes est le récit d’un voyage en voiture, solitaire, dans la Russie du début des années 80. Road movie souvent cocasse, toujours passionnant, dans un monde en décomposition. Puissance de la propagande, frémissements de révolte libertaire, curiosité causée par cet homme qui voyage seul dans un empire vacillant, ce récit est à mon sens un des meilleurs guides d’entrée dans le monde russe. Je ne peux que conseiller sa lecture.

L’Ombre de la route de la Soie, que j’ai terminé de lire il y a quelques jours, est beaucoup plus récent. Colin Thubron emprunte d’Est en Ouest, de la Chine à la Turquie, les chemins ancestraux de commerce, au début des années 2000. C’est bien plus qu’un récit de voyage, une plongée dans les traces du passé. Permanence des références au nestorianisme, comme une colonne vertébrale entre occident et orient, trace des Assassins fanatiques du Moyen-Âge, splendeur et décrépitude des civilisations perses, mais aussi un œil lucide sur toutes ces sociétés que nous connaissons si peu, entre l’ouest de la Chine et l’Iran.

Colin Thubron est incroyablement cultivé et parle je ne sais combien de langues. Cela lui permet de se fondre dans les populations, de vraiment rentrer dans un contact vrai avec eux, et de pouvoir recueillir les traces immuables de cette grande vague, flux et reflux, qui entraîne les hommes d’un bout à l’autre de l’Eurasie et du Moyen-Orient.

Ces récits sont un embarquement vers d’autres mondes, à la fois connus et inconnus, sur lesquels nos stéréotypes collent des adjectifs parfois vrais, parfois faux, souvent pauvres par rapport à la richesse de ce que raconte Thubron.

Il ne me semble pas très connu en France, à tort assurément. Lisez-le !


* Les Russes, Petite bibliothèque Payot, 1991, 390 p.
* L’ombre de la route de la Soie, Folio, 2010, 546 p.

Croiser les mots

On m’a offert il y a quelques semaines un très joli livre, qui raconte une histoire de mots qui se croisent. Des mots qui se croisent ? Oui oui !

Ceux d’un homme à l’automne de sa vie, et ceux d’une trentenaire d’aujourd’hui.

Ceux d’un homme qui a vécu une vie où la liberté régnait en maître, et ceux d’une jeune femme soumise aux réalités de Dame La Crise.

Ceux d’un homme qui a saisi à bras le corps l’esprit des années soixante et l’incroyable ouverture du monde et de la jeunesse, et ceux d’une jeune femme qui aimerait bien s’échapper de la médiocrité matérialiste de la vie contemporaine.

Ceux d’un homme qui a pu voyager librement et ceux d’une femme qui cherche à remettre ses pas dans les siens.

Algodones sand-dune-fence

C’est l’histoire d’une rencontre entre deux générations, entre deux mondes. L’un se livre peu à peu, l’autre est obnubilée par ce parcours et tente de s’y accrocher, probablement pour donner un peu de sens à son errance précaire.

Une histoire où les questions qui filent tout le long du livre, comme la trame d’un tissu, sont celles de la liberté, des choix de vie, de la part qu’on a, qu’on prend, dans la conduite de celle-ci. Question de bonheur aussi, savoir où il se trouve : dans la liberté, dans la fidélité à ses choix de vie, dans l’errance aléatoire et les rencontres hasardeuses, ou dans le dépouillement après la fête ?

J’ai beaucoup aimé ce livre, par ce qu’il raconte de vies tendues comme des fils, prêtes à se rompre, et finalement tenant à pas grand chose, à la part de volonté individuelle que l’on met dans ses propres actions. Non pas une leçon de vie, mais une petite réflexion, l’air de rien, sur la vie. Tout ça dans une légèreté d’écriture ponctuée de références musicales que j’aurais du écouter au cours de ma lecture…

Daphné Kauffmann, Nos mots croisés, éditions Intervalles, 2009

Ménage

RakesOldAndNew

Voilà, c’est la veille de la rentrée des classes, les bonnes résolutions, tout ça.

J’ai fait un peu de ménage sur ce blog, enlevé toute une série de posts trop personnels et correspondant à une période de ma vie que j’ai envie d’oublier, que je parviens à oublier. Laisser ces traces trop personnelles me gênait, d’autant que j’ai envie de re-publier ici, principalement sur mes lectures et probablement quelques réflexions générales.

Alors mes états d’âmes passés, avec leurs misères, ciao !

Où en étais-je ?

Oui, bonne question, où en étais-je ?

Si tant est qu’il y ait encore des gens qui passent par ici… enfin il y en a, incidemment, un par jour à peu près. Et puis en me connectant ce soir, je vois que quelqu’un a visiblement lu tout le blog en entier, en long, en large et en travers, il y a une semaine. 99 vues en une seule journée ! Mon Dieu, si je cherchais le trafic sur ce blog, je serais contente ! Mais non, en fait cela m’intrigue, voire m’inquiète plutôt : qu’est-ce qu’on peut bien imaginer pour aller lire tous les billets de ce blog ?

Bref, passons.

Où en étais-je, donc ?

J’en étais au mois de mars. On est à la veille de septembre. C’est peu de dire que j’ai délaissé cet endroit. Peut-être parce que je n’avais plus rien à y raconter. Peut-être parce que je n’avais plus le temps. Sans doute un peu de tout cela. Peut-être parce que j’en ai eu assez de cette impudeur à écrire ici mes sentiments, mon état d’esprit. Même si quasiment personne ne les lit. Peut-être parce que ces sentiments, cet état d’esprit, étaient si malmenés et bousculés que les exposer n’aurait fait que renforcer l’impression de tangage.

Je tangue, dans les incertitudes d’une vie que j’aimerais maîtriser davantage, tout en ayant conscience que ce qui en fait le sel est justement cette impossibilité à tout maîtriser, tout contrôler. Les évènements heureux et malheureux se succèdent, en apparence tout est comme une marche heureuse, en réalité je saute du bonheur à la mélancolie, de la joie d’aimer et d’être aimée à la douleur de la distance. Je ne peux qu’avoir foi en l’avenir car tout me dit qu’un jour nous serons réunis, mais en attendant je vis dans la souffrance d’être loin de celui que j’aime, et dans la révolte de ne rien y pouvoir faire.

Alors je n’ai pas trop envie d’en parler.

Edit (en me relisant) : ça ne veut pas dire que je ne vais plus écrire du tout ici. Ça serait bien que je recommence un peu à parler musique ou littérature, ou voyages… Mais probablement ne comptez plus sur moi pour les grands épanchements personnels. Ça ne sera pas un grand manque !

Et quelques nouvelles…

Lever de soleil sur les Cyclades, par Takeaway - CC.BY.SA

… car je me rends compte que cela fait 2 mois que je n’ai rien posté ici.

Je nage dans le bonheur d’un amour partagé. Voilà. Pas grand chose à dire de plus… Les mots me manquent un peu pour décrire mon état d’esprit. Vie trépidante qui continue, augmentée, sublimée par les sentiments et les quelques jours que nous venons de passer ensemble, avant une séparation qui s’annonce longue, mais que je ne redoute pas tant je me sens bien.

Quand je redescendrai sur terre on verra s’il y a des choses qu’il me sera possible de dire, mais pour l’instant non, je garde ce bonheur précieusement !

Chant russe

Très jolie pépite de chant russe, dénichée sur le blog d’un moine orthodoxe

Je vous laisse savourer, pour ma part j’écoute ça en lisant un excellent livre dont je parlerai très probablement ici quand je l’aurai terminé, En Sibérie, de Colin Thubron.

 

Ensemble «Blagaia Vest» Avetisyan 2 from mnikh on Vimeo.