Je viens de terminer la lecture de La minute prescrite pour l’assaut, de Jérôme Leroy.
Encore du Jérôme Leroy dans toute sa splendeur… quoique… il faudrait peut-être qu’il se renouvelle, sous peine d’être à terme défini comme un écrivain « de fin du monde ».
J’ai découvert Jérôme Leroy il y a un peu plus de deux ans, en lisant Monnaie bleue, un roman si noir que le noir semble lumineux à côté. J’ai continué, dévorant à peu près tout ce qu’il avait écrit, et la liste commence à devenir longue. Et puis j’avais totalement raté ce roman, La minute prescrite pour l’assaut, paru en 2008.
L’histoire est simple : c’est la fin du monde. On est, à vue de nez, dans les années 2015. La pollution est extrême, la confusion sociale à son comble, les sociétés sont tellement sclérosées par la consommation, la paresse, le tout-sécuritaire et le manque d’âme, qu’il arrive un moment où tout implose.
Au milieu de cela, et comme dans tous les romans de Jérôme Leroy, quelques personnages, quelques Humains, restent lucides et conscients de l’importance des fondamentaux : lire, bien boire et bien manger, aimer.
Dans ce roman, la pièce centrale, c’est Kléber. Romancier et enseignant (tiens, comme Jérôme Leroy !), communiste canal-historique, mais un drôle de communiste qui lit Ernst Jünger et Philippe Muray, et ressemble plus à un anarchiste de droite qu’à Marie-Georges Buffet. Kléber résiste sans idéologie, mais parce qu’il ne peut pas concevoir de vivre autrement que pour lire, bien boire et bien manger, et aimer. Sa route croise des figures hautes en couleurs, comme Sarah, gendarme, ou l’éditrice connue sous le nom de la Kolkhozienne aux seins nus.
Comme dans tous les romans de Jérôme Leroy (ou presque), il y a cette ambiance de fin du monde au temps présent, décrite avec une ironie cinglante et cette volonté de simplement grossir les traits les plus saillants de notre société, de les pousser à leur paroxysme pour les rendre insupportables. Comme s’il montrait qu’il ne nous suffit de pas grand chose pour arriver à cette fin du monde…
Ce que j’aime dans ces romans, c’est cette conviction que face à l’Apocalypse, la résistance passe par l’intelligence et l’art de vivre. Oh, ça n’est pas une résistance active, pas des sur-hommes qui combattent. Mais quelques personnages, fatalistes et lucides, qui décident que ça n’est pas parce que c’est la fin du monde qu’on devrait arrêter de lire, de bien boire et de bien manger, et de bien faire l’amour.
Les personnages de ces romans ne sont pas des héros, ce seraient même des anti-héros. Ils subissent la situation, finissent par mourir, mais au moins, n’auront pas renoncé.
Jérôme Leroy écrit pour les amoureux de littérature et de bonne chère (et chair). Il parsème ses romans de fines allusions littéraires et historiques, comme des clins d’œils amicaux à ses lecteurs, qui retrouvent ces mèmes dans la plupart de ses romans. Cette complicité, que je suppose consciente de sa part, ajoute encore au plaisir de la langue précise et acérée. Pas de grands effets de styles, mais une écriture vive et piquante, excellemment maîtrisée, et qui – surtout – sait raconter des histoires. Loin du nombrilisme habituel des romanciers français.
Un petit régal, donc.
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Jérôme Leroy, La minute prescrite pour l’assaut, Mille et une nuits, 2008

