Arcadievna

Élévation

9 février 2010 · Laisser un commentaire

Everest (par Mckaysavage, Flickr)

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par-delà le soleil, par-delà les éthers,
Par-delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,
Tu sillonnes gaîment l’immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l’air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les sombres chagrins
Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse
S’élancer vers les champs lumineux et sereins ;

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
— Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

– Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal (1857)

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Musique russe

22 janvier 2010 · 3 commentaires

Monastère St Georges, près de Novgorod

Ça n’est pas un mystère, j’aime la Russie.

J’aime également infiniment la musique russe. Qu’elle soit profane ou sacrée, populaire ou savante, ancienne ou contemporaine. Même la détestable pop russe actuelle me fait sourire (c’est dire !), seulement dépassée en kitsh par la pop serbe, mais là on touche vraiment le fond.

Bref, j’aime la musique, j’aime la Russie, j’aime la musique russe.

Il y a quelques années, j’ai acheté un CD de musique liturgique russe du XIXe siècle, âge de renouveau musical important en Russie. Influencés par l’Europe occidentale, mais en réaction à cette influence, les compositeurs russes orchestrent la musique sacrée, la théâtralisent, lui donnent une puissance dramatique fortement inspirée de l’opéra.

Appliquée à la Tradition russe, cette recherche d’intensité se fait archaïsante, puise ses sources dans l’austérité majestueuse des chœurs d’hommes. Les psaumes prennent une force incroyable, portés par la profondeur des voix, l’harmonie d’une ligne mélodique à la fois simplissime et incroyablement travaillée dans chaque envolée, chaque partie soliste, chaque boucle vocale.

Je ne vois pas à quoi on peut comparer cela, dans notre répertoire occidental. Même pas au grégorien, musique que je connais bien et que j’ai beaucoup chantée, mais qui n’a pas cette puissance dramatique et s’attache plus à la méditation.

Ce qui me semble fou, dans cette musique, c’est qu’elle est à la fois très travaillée mais semble d’une simplicité extrême. Qu’elle mérite d’être chantée par des chœurs d’une haute qualité, mais que dans n’importe quelle église russe on entendra, on ressentira cette émotion, cette force, cette profondeur. La pauvreté de la liturgie occidentale se fait mille fois plus criante lorsqu’on a eu le bonheur de s’immerger dans la liturgie orthodoxe russe.

Cet été, à Saint Pétersbourg, j’étais entrée à la cathédrale Notre Dame de Kazan pendant un mariage. Je suis restée tout le temps de la cérémonie (et c’était long) en écoutant un chœur chanter, ainsi, la profondeur et la force de la Foi. Cela s’accorde bien, je trouve, avec l’absolutisme de la foi orthodoxe, qui engage moralement, intellectuellement et physiquement les orthodoxes.

Que celui qui n’a jamais frémi devant une assemblée de fidèles orthodoxes dans une église enfumée par les cierges, porté par la foule qui s’incline, se signe, déambule inlassablement devant les icônes en se prosternant devant, bousculé par les nonnes encapuchonnées, par les popes barbus, bercé par les chants graves, répétitifs et profonds du chœur ; que celui-là vienne m’en parler…

(un exemple de ces œuvres du XIXe siècle, ici le cantique « que ma prière s’élève vers toi » de Pavel Chesnokov )

Mise à jour du 23/01 : je viens de trouver un 2e morceau de Chesnokov illustrant bien cette théâtralité sacrée. La qualité est assez moyenne, mais les voix formidables et je pense que l’impression générale passe bien :

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Nouvelle année

6 janvier 2010 · Un commentaire

Port de Vevey et lac Léman par Monsoleiiil (Wikimedia Commons)

Bonne année !

Et oui, on ne peut pas réellement recommencer à écrire sur un blog en début d’année… sans passer par là.

Bonne année aux lecteurs de ce blog, donc. Les fidèles, et les occasionnels. Ceux qui, nombreux, arrivent ici apparemment par hasard, via des recherches sur Google. Ceux qui arrivent par hasard mais prennent le temps de lire un peu. Ceux qui lisent régulièrement et m’envoient leurs commentaires par mail, pour plus d’intimité, de confidentialité, et d’amitié.

Je n’ai pas encore pris le temps de bricoler une jolie carte de vœux à envoyer avec un petit mot, par mail ou sur papier, à mes amis. L’année est repartie sur les chapeaux de roues, pour ne surtout rien changer. Il est minuit, je prends quand même quelques minutes pour écrire, parce que ça me manquait, ce blog me manquait.

2009 ? Année étourdissante. Sur tous les plans.

Nouveau travail. En fait, quasiment deux nouveaux boulots dans l’année, puisque j’avais commencé le précédent à la fin 2008. Changement radical de vie professionnelle. Tout un pan de ma vie qui s’éloigne, je me reconstruit dans un tout autre univers. J’y découvre un monde que je connaissais peu – l’entreprise – et je m’y plais. Mon 2e job, l’actuel, me plaît énormément. Un travail de fou (je n’ai jamais autant travaillé de ma vie) mais passionnant, jamais ennuyeux, j’apprends plein de choses.

Un environnement de travail fabuleux, avec des collègues adorables qui deviennent, en quelques mois, des amis. Un patron que j’admire énormément, pour ses qualités professionnelles et humaines. Une personne assez distante au départ, et dont on découvre les qualités unes à unes, au gré des jours et des évènements. Notre petit microcosme, notre minuscule équipe perdue au sein d’un énorme groupe, ressemble à un foyer chaleureux et travailleur où nous nous retrouvons, chaque matin, avec plaisir. Et nous avançons, ensemble. Je ne pensais pas qu’on pouvait ressentir cette osmose à son travail. Se sentir reconnue dans ses particularités et orientée pour pouvoir valoriser ces particularités au service de l’entreprise. Je suis un ovni dans mon domaine professionnel, mais mon patron le sait, m’a choisie pour ça, et me recentre là où il sait que mon « originalité » va être créatrice. Pourvu que ça dure…

Nouvel appartement. Enfin, de la place. Sortie de ma cage à poule où nous étouffions, avec les enfants. Un vrai « chez nous », chaleureux et vaste, un jardin pour courir ou déjeuner, un salon où j’aime recevoir plein de gens, comme à ce réveillon, il y a quelques jours, où nous étions si bien, entre amis, à refaire le monde au son d’une bonne musique, avec un bon vin, un bon dîner. Je me sens bien chez moi et pour la première fois depuis bien longtemps, j’ai envie de rester là. De réellement me poser, construire ici ce nid où mes enfants grandiront, où je commence à avoir des souvenirs.

Nouvelles responsabilités, nouvelle image. De cela, je n’ai pas trop envie de parler, parce que ça représente l’autre part de ma vie sur le web. Mais j’ai appris cette année à prendre sur mes épaules de lourdes responsabilités, humaines et financières. À représenter quelque chose, à donner de mon temps, parfois plus que de raison, pour une cause qui me tient à cœur. Charge extrêmement lourde, peu gratifiante dans le quotidien, mais qui me fait énormément grandir. Je rempilerai certainement bientôt pour un an de plus, si on m’en juge digne. Je sais que je vais encore passer un an à oublier mon confort personnel et ma tranquillité. Mais j’ai envie de continuer tous ces projets, voir se concrétiser ce que j’ai voulu mettre en place.

Nouvelles envies. À cause de tous ces changements, et surtout de mon changement radical de vie professionnelle, j’ai finalement pas mal changé ma façon de vivre et de voir les choses. Je me suis découvert des centres d’intérêt intellectuel nouveaux, des idées nouvelles. Je lis différemment. Moins en volume, sans doute mieux en qualité. Je n’ai en revanche pas repris, comme je le voulais, les lectures intellectuelles que je repousse inlassablement. Ça reviendra… Nouvelles envies de voyage aussi. Après mon séjour russe de cet été, le virus de la bougeotte, bien ensommeillé depuis des années, m’a rattrapé. Je projette de nouvelles sorties… peut-être pas la Russie à nouveau cette année, pour des questions de budget, mais un ami m’attend en Finlande, et me pousse à en profiter pour faire une virée par les pays Baltes en rentrant. Pourquoi pas. L’Arménie et la Géorgie me tentent beaucoup également. Ou alors tant pis, je casse ma tirelire et je pars à Moscou… J’aime projeter, comme cela, des voyages. Voyages solitaires, ça c’est sûr. Même avec un point de chute local, je resterai sur mes envies de partir seule.

Finalement, en ce début d’année, je n’ai pas tellement envie de changer par rapport aux mois précédents. J’attends avec une certaine impatience de lâcher certaines obligations, sans doute dans un an, pour pouvoir me reposer et partir dans de nouveaux projets, mais même étourdissant, mon rythme fou me correspond plutôt bien. J’ai tellement l’impression d’avoir réussi cette année, d’y avoir trouvé un certain équilibre personnel, que je n’ai aucune envie de changer.

Et je n’ai pris aucune bonne résolution. De toutes façons je ne les tiens pas. Je continuerai sans doute à me coucher à des heures improbables, à me lever au dernier moment tous les matins, à fumer, à écouter de la musique baroque à fond, à courir partout, à râler en permanence, à rire et pleurer à la fois, à procrastiner de façon éhontée. À aimer toucher à tout, découvrir des gens, des choses, des idées.

Je vous souhaite à tous une excellente année, pleine de bonheurs et de vie. Je vous souhaite beaucoup de curiosité et de fraîcheur d’esprit. Je vous souhaite, surtout, d’avancer dans la vie avec joie et entourés d’amis.

→ 1 commentaireCatégories : Réflexion sur les petites choses de la vie

Choc musical

21 décembre 2009 · Laisser un commentaire

Arcade Fire (photo par Rama, Wikimedia Commons)

On pourrait croire, comme ça, que je n’écoute que de la musique baroque. Ça ne serait pas tout à fait faux d’ailleurs, j’écoute principalement de la musique baroque.

Mais il m’arrive parfois de faire revenir mes oreilles et mon cœur au XXIe siècle, et d’écouter avec bonheur de la musique de mon époque. Et en général, ça n’est pas pour écouter de la variété sirupeuse…

Un de mes groupes préférés s’appelle Arcade Fire. Un groupe de musiciens canadiens d’une force que j’ai rarement vue, et qui donne dans sa musique l’essence de son énergie. Un groupe rare, puissant, drôle et talentueux que j’ai énormément écouté voilà un an.

Cela faisait longtemps que je n’étais pas revenue vers eux. Cela m’arrive souvent, je fais des sortes d’overdoses de musique, écoutant en boucle mes CD, puis les délaissant pendant plusieurs mois avant de les écouter à nouveau, religieusement, en me délectant de la musique que je retrouve comme une vieille amie.

Hier soir, c’est en vidéo que je les ai retrouvés. Par hasard, je suis tombée sur un concert entièrement filmé. Au choc du son s’ajoute le choc de l’image, la puissance physique d’un ensemble magique.

À voir, pour comprendre, peut-être, ce qu’on appelle la passion. Passion d’un groupe pour la musique, pour les instruments dont ils font un usage varié et inventif. Passant de l’orgue à la batterie, de la vielle à roue à la guitare électrique, du violon à l’accordéon et du cor au triangle. Passion du chant, d’une certaine harmonie puissante et puissamment mélodieuse. On sent de bons connaisseurs de la musique classique, passionnés par le rythme et la force de leurs compositions, par la performance musicale et scénique. Wim et Régine, les moteurs du groupe, dégagent une impressionnante force. Ils sont habités par leur musique, cela se voit. Lui avec sa tête de prédicateur puritain, elle si enfantine, mais tellement forts, tellement talentueux…

Cela vaut le coup de regarder l’ensemble du concert. J’aurais aimé voir cela. Certes, on est loin de Rameau et de Monteverdi. Mais je suis pétrifiée et terriblement émue de les voir ainsi… Un choc, oui.

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

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Musique…

9 décembre 2009 · Laisser un commentaire

Comme c’est beau et fascinant à voir, des musiciens qui vivent intensément ce qu’ils font…

Vidéo de l’enregistrement du Dixit Dominus de Haendel par Le concert d’Astrée, dirigé par Emmanuelle Haïm. Natalie Dessay (soprano), Karine Deshayes (mezzo), Philippe Jaroussky (contre-ténor), Toby Spence (ténor) et Laurent Naouri (basse) en solistes.

Le disque rassemble le Dixit Dominus de Haendel et le Magnificat de Bach. C’est vraiment un régal… Voilà mon dernier achat de musique en date, et je ne me lasse pas de l’écouter.

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Jérôme Leroy, quand on célèbre la fin du monde…

29 novembre 2009 · 3 commentaires

Apocalypse

Apocalypse (par nagillum, sur Flickr)

Je viens de terminer la lecture de La minute prescrite pour l’assaut, de Jérôme Leroy.

Encore du Jérôme Leroy dans toute sa splendeur… quoique… il faudrait peut-être qu’il se renouvelle, sous peine d’être à terme défini comme un écrivain « de fin du monde ».

J’ai découvert Jérôme Leroy il y a un peu plus de deux ans, en lisant Monnaie bleue, un roman si noir que le noir semble lumineux à côté. J’ai continué, dévorant à peu près tout ce qu’il avait écrit, et la liste commence à devenir longue. Et puis j’avais totalement raté ce roman, La minute prescrite pour l’assaut, paru en 2008.

L’histoire est simple : c’est la fin du monde. On est, à vue de nez, dans les années 2015. La pollution est extrême, la confusion sociale à son comble, les sociétés sont tellement sclérosées par la consommation, la paresse, le tout-sécuritaire et le manque d’âme, qu’il arrive un moment où tout implose.

Au milieu de cela, et comme dans tous les romans de Jérôme Leroy, quelques personnages, quelques Humains, restent lucides et conscients de l’importance des fondamentaux : lire, bien boire et bien manger, aimer.

Dans ce roman, la pièce centrale, c’est Kléber. Romancier et enseignant (tiens, comme Jérôme Leroy !), communiste canal-historique, mais un drôle de communiste qui lit Ernst Jünger et Philippe Muray, et ressemble plus à un anarchiste de droite qu’à Marie-Georges Buffet. Kléber résiste sans idéologie, mais parce qu’il ne peut pas concevoir de vivre autrement que pour lire, bien boire et bien manger, et aimer. Sa route croise des figures hautes en couleurs, comme Sarah, gendarme, ou l’éditrice connue sous le nom de la Kolkhozienne aux seins nus.

Comme dans tous les romans de Jérôme Leroy (ou presque), il y a cette ambiance de fin du monde au temps présent, décrite avec une ironie cinglante et cette volonté de simplement grossir les traits les plus saillants de notre société, de les pousser à leur paroxysme pour les rendre insupportables. Comme s’il montrait qu’il ne nous suffit de pas grand chose pour arriver à cette fin du monde…

Ce que j’aime dans ces romans, c’est cette conviction que face à l’Apocalypse, la résistance passe par l’intelligence et l’art de vivre. Oh, ça n’est pas une résistance active, pas des sur-hommes qui combattent. Mais quelques personnages, fatalistes et lucides, qui décident que ça n’est pas parce que c’est la fin du monde qu’on devrait arrêter de lire, de bien boire et de bien manger, et de bien faire l’amour.

Les personnages de ces romans ne sont pas des héros, ce seraient même des anti-héros. Ils subissent la situation, finissent par mourir, mais au moins, n’auront pas renoncé.

Jérôme Leroy écrit pour les amoureux de littérature et de bonne chère (et chair). Il parsème ses romans de fines allusions littéraires et historiques, comme des clins d’œils amicaux à ses lecteurs, qui retrouvent ces mèmes dans la plupart de ses romans. Cette complicité, que je suppose consciente de sa part, ajoute encore au plaisir de la langue précise et acérée. Pas de grands effets de styles, mais une écriture vive et piquante, excellemment maîtrisée, et qui – surtout – sait raconter des histoires. Loin du nombrilisme habituel des romanciers français.

Un petit régal, donc.

—-

Jérôme Leroy, La minute prescrite pour l’assaut, Mille et une nuits, 2008

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Les Harmonies Werckmeister

15 novembre 2009 · Laisser un commentaire

Flânant sur internet, passant de site en site et de blog en blog comme j’aime à le faire parfois, prête à me laisser séduire, étonner, instruire ou dégoûter, je suis tombée ce soir sur un film.

Un film de Béla Tarr, cinéaste hongrois : les Harmonies Werckmeister. Bien entendu, comme je n’ai vu que des extraits de film (merci Youtube) et que je doute de trouver facilement dans le commerce le film en entier, je n’ai qu’une vue parcellaire. Mais je suis restée scotchée par plusieurs scènes, en fait par toutes celles que j’ai vues. Ce film a des airs kafkaïens.

Deux scènes m’ont particulièrement attirées, par leur densité. Dans la première, le personnage principal (un postier plus ou moins errant, si j’ai bien compris) essaie d’expliquer à un groupe d’hommes frustes dans un bar le principe de l’éclipse de soleil. Dans la deuxième, il n’y a rien à raconter. Juste à saisir l’intense sentiment d’oppression qui se dégage de la scène.

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Pression

12 novembre 2009 · Laisser un commentaire

Eruption du Mont St Helen par Paul Kane (1847)

Eruption du St Helen (Paul Kane, 1847)

Il faut que je redescende sur terre…

Je suis dans un état de nervosité incroyable depuis des mois. Incapable de m’apaiser, toujours sur le fil, sur le tranchant des émotions, prête à éclater de rire ou en sanglots.

Je tourne à un paquet de cigarettes par jour, cinq heures de sommeil au maximum par nuit. Pression, pression, pression…

Sentiments exacerbés, fragilité extrême, corps tendu qui commence à crier qu’il n’en peut plus.

En même temps, je n’ai jamais senti mon attention aux choses aussi fine, ma curiosité aussi grande, mon ouverture intellectuelle et humaine si franche.

Paradoxe d’un état où tout semble tout d’un coup si réel, si atteignable, où j’ai l’impression de vivre les choses avec beaucoup de sensibilité. Et en même temps état intenable sur la durée. Toutes les semaines je me dis que je ne vais pas tenir, et puis je tiens.

Depuis combien de temps est-ce que je vis dans cet état de fébrilité ? Où chaque jour est un combat pour réussir à tout faire, où jamais une minute n’est vide ?

J’ai peur de m’habituer à cet état, de devenir une sorte de robot en apparence, capable d’enchaîner deux ou trois journées en une. C’est apparemment l’image que les gens qui me côtoient ont de moi, incapables de sentir à quel point je deviens fragile, de plus en plus. À quel point chaque sensation me touche, à quel point un mot peut me donner la joie ou la tristesse, pour une journée complète, tant je deviens sensible à tout ce qui me touche.

Paradoxe d’un état qui me mine mais dans lequel je ne réussis pas à faire autrement que me plaire…

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