En faisant le tour de mes vieux billets écrits ici, je me suis rendu compte que j’avais parlé il y a déjà bien longtemps d’un auteur, disant que je chroniquerais ici un de ses livres, et puis je ne l’ai pas fait. Depuis j’ai lu deux autres livres de lui et je me décide donc à en parler un peu…

Colin Thubron - bbc.co.uk
Colin Thubron est un écrivain britannique, dans la plus pure tradition des gentlemen anglais cultivés, bien élevés, aventureux et littéraires. Il se promène depuis plusieurs dizaines d’années dans le monde, à l’Est principalement, à la rencontre des Hommes, à la rencontre de l’histoire, à la rencontre de l’aventure.
J’avais lu En Sibérie il y a longtemps, j’ai lu cet été Les Russes, je viens de terminer L’ombre de la route de la Soie.
Les Russes est le récit d’un voyage en voiture, solitaire, dans la Russie du début des années 80. Road movie souvent cocasse, toujours passionnant, dans un monde en décomposition. Puissance de la propagande, frémissements de révolte libertaire, curiosité causée par cet homme qui voyage seul dans un empire vacillant, ce récit est à mon sens un des meilleurs guides d’entrée dans le monde russe. Je ne peux que conseiller sa lecture.
L’Ombre de la route de la Soie, que j’ai terminé de lire il y a quelques jours, est beaucoup plus récent. Colin Thubron emprunte d’Est en Ouest, de la Chine à la Turquie, les chemins ancestraux de commerce, au début des années 2000. C’est bien plus qu’un récit de voyage, une plongée dans les traces du passé. Permanence des références au nestorianisme, comme une colonne vertébrale entre occident et orient, trace des Assassins fanatiques du Moyen-Âge, splendeur et décrépitude des civilisations perses, mais aussi un œil lucide sur toutes ces sociétés que nous connaissons si peu, entre l’ouest de la Chine et l’Iran.
Colin Thubron est incroyablement cultivé et parle je ne sais combien de langues. Cela lui permet de se fondre dans les populations, de vraiment rentrer dans un contact vrai avec eux, et de pouvoir recueillir les traces immuables de cette grande vague, flux et reflux, qui entraîne les hommes d’un bout à l’autre de l’Eurasie et du Moyen-Orient.
Ces récits sont un embarquement vers d’autres mondes, à la fois connus et inconnus, sur lesquels nos stéréotypes collent des adjectifs parfois vrais, parfois faux, souvent pauvres par rapport à la richesse de ce que raconte Thubron.
Il ne me semble pas très connu en France, à tort assurément. Lisez-le !
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* Les Russes, Petite bibliothèque Payot, 1991, 390 p.
* L’ombre de la route de la Soie, Folio, 2010, 546 p.